Scène d'un naufrage. Plâtre sur structure métallique, dimensions variables. 2015




Nous sommes tous des naufragés sur Terre.

Espoir ou tragédie figé ? Les deux qualifications accompagnent le scénario qu'ont vécu les naufragés du Radeau de la Méduse. Les deux qualifications accompagnent depuis la nuit des temps l'humanité sur Terre. Cela fait de l'Homme, un naufragé.

J'ai donné volume, profondeur et relief à ce détail précis de la peinture de Théodore Géricault, qui symbolise pour moi le passage de l'humanité de l'obscur à clarté, du cauchemar au rêve, du cannibalisme à la vie...

Je voulais rendre palpable ce fait divers, donner un corps et une masse physique à cette tragédie et, à ce moment-là d'espoir qui a soufflé alors que les naufragés avaient atteint un stade inqualifiable d’obscurité.


Cris de détresse :

Dans la quête de la survie, l'exode est inévitable, il est l'ultime porte de secours.

Fuyant une dictature d'un esprit fou tel que Bachar el-Assad qui a choisi de sourire au chaos pour lapider davantage l'appel du peuple.

Fuyant un « Allah-Crocodile » tel que Daech, absurde au point qu'il se prend au passé dans l'espoir de stopper la naissance du futur. Qu'il s'en prend à la civilisation ancienne pour punir davantage la civilisation moderne. Qu'il s'en prend aux pierres de Palmyre pour punir et achever l'âme de la Syrie !

Tournés vers l’Europe d'où souffle la brise de l’espoir, terrasse de refuge pour les hommes insoumis.

Europa discute.

Europa hésite.

Europa panique.

Europa renforce les verrous de ses portes et de ses fenêtres sur l'orient et la méditerranée.

Europa baigne dans la somnolence.

Europa est sourde devant l'appel de détresse.

Europa reprend l'oreiller et se rendort, choisissant le sommeil au réveil.

Europa baignera pour toujours de honte dans sa propre Scène de naufrage...


L'homme sur Terre est abandonné par les Dieux à sa condition humaine.
La tragédie est suspendue au-dessus de lui. Le champ de bataille ne donne pas le choix, on tue ou on se fait tuer... Maladies et remèdes, morts et naissances, guerres et paix... La Terre est un radeau de la Méduse à échelle planétaire.

Une suspension qui convoque la fantaisie de nos rêves ou, de nos cauchemars. La frustration s'empare de nous au risque que ce rêve à grosse masse suspendu tombe et se fracasse au sol sous nos yeux.

Le visiteur : métisse, noir, blanc, vieux, femme... se retrouve naufragé et entre les naufragés malgré lui, il appelle à l'aide et crie " espoir " tout haut dès l'instant où il pénètre dans l'espace, dès l'instant où il a les pieds sur terre. Comme si l'humanité n'était que réfugiée sur Terre. Comme si la vie et l'existence étaient un naufrage.


(" Scène d’un naufrage " titre initial que précisément Théodore Géricault avait donné à sa peinture lors de sa première présentation, il fut censuré pour son aspect politique)


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En suspension au centre de la nef, à portée de main, la première œuvre qui nous faisait face était une sculpture de plâtre, créée par Moumen Bouchala, et qui reproduit le foulard agité par l’un des rescapés du Radeau de la Méduse, de Théodore Géricault, en direction d’un navire salvateur. Si tout un chacun avait la possibilité de se saisir de l’objet signalant la détresse, son créateur tient à rappeler que toute vie peut s’interpréter comme une dérive, peut se conclure sur un naufrage et reste dépendante de celles d’autrui.

Nicolas Mensch, (Sur l'expositions " Éclat ", Le Scènacle/Besançon)





















Théodore Géricault. Le Radeau de La Méduse. 1818-1819




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Vue lors d'une exposition (Scène d'un naufrage, Massage)