Clin d’Oeil. Vidéo, 16 sec. 2014




D'abord, la fragilité de la matière entre mes mains. Une simple feuille en papier, préalablement saine, blanche et lisse, capitulant sous la force et la pression de mes mains en quelques instants, malgré la petite résistance qu'elle manifestait. Elle finit par être froissée.
Des dizaines, des centaines de plis, de rides se dessinent et envahissent la feuille autrefois saine, blanche et lisse.

Esprit si froissé qu'il me soit étranger. Moi-même me suis étranger. Qu'advient-il de l'enfant que j'étais ? Se demandait Saint Augustin.
Beaucoup de choses m'ont échappées, et m’échapperont si l’expérience est à refaire. La feuille est-elle vraiment entre mes mains ou suis-je moi-même entre ses mains ? C'est peut-être ici même que réside toute la contradiction de l'existence.


Froisser cette feuille blanche est aussi un acte de désobéissance personnelle ou civile. Une manière de rompre. Rompre avec des livres d'institutions, rompre avec les livres de Dieu, avec le conformisme et tout ordre ou héritage établi.

Je froisse la feuille blanche. J'impose mes propres rides. Je prends mon destin en mains. Je crée ma propre identité et rejette celle qu'on m'a choisie ou infligée. Cela peut faire de moi un sans-papiers, un sans identité, un mécréant, un damné... mais aussi un indigné. Un esprit qui dit non à la servitude volontaire.

Une vie c'est le temps de froisser une feuille en papier. Mais aussi, le temps de dessiner ses propres traits.